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Les news du Haillan : Entraînements, revues de presse....

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Petit article dans Sofoot

https://www.sofoot.com/elie-baup-et-rolland-courbis-jugent-la-saison-des-girondins-514336.html

Le fameux article de SudOuest dont tous le monde parle

 

Dans sa propension à multiplier les documentaires « inside », Netflix aurait eu une excellente idée en mobilisant une équipe de tournage pour suivre la saison 2021/2022 des Girondins. Il y aurait eu de quoi concocter des épisodes particulièrement riches en péripéties et rebondissements, jusqu’à cette quasi certaine relégation en Ligue 2 qui aurait tracé un parallèle parfait avec la série à succès « Sunderland ‘Til I Die ». La descente de Bordeaux, après 30 ans parmi l’élite du foot français, n’est que la conclusion logique d’un processus enclenché depuis plusieurs années. L’exercice actuel a accéléré la course vers le précipice.

1 Un rachat porteur d’espoirs

L’aboutissement du processus de vente du club à Gérard Lopez, fin juillet, fait naître de grands espoirs. L’homme d’affaires hispano-luxembourgeois a été écarté du LOSC six mois plus tôt en raison d’une situation financière alarmante, mais a construit l’équipe championne de France au printemps. Il a rapidement noué un contact rapproché avec les Ultramarines, qui sortaient de deux ans de conflit éreintants avec la direction précédente, incarnée par Frédéric Longuépée, représentant du fonds d’investissement américain King Street.

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Les Girondins ont terminé la saison 20/21 à une miraculeuse douzième place, en n’étant pas officiellement sauvé avant la dernière journée. Le déclassement du club est engagé depuis l’après-titre de 2009 et l’ère américaine de GACP puis King Street n’a rien arrangé, bien au contraire. Lopez se présente comme le « sauveur ». Il est le seul candidat au rachat sans passer par le redressement judiciaire et aux conditions souhaitées par King Street et le créancier Fortress.

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Avant l’officialisation du rachat, il rencontre le Conseil social et économique (CSE, les représentants des salariés) du club et fait plutôt bonne impression, renvoyant l’image d’un homme confiant et déterminé, attaché à la « culture de la gagne ». Habile communicant, il n’oublie pas non plus de promettre le retour du logo, à la place de celui remodelé par la direction précédente et honni par les fans. David Lafarge, principal interlocuteur des Ultras et placardisé sous King Street, fait son retour comme « conseiller du président » et gère les relations avec le Virage Sud et les clubs de la région.

Malgré un endettement énorme (50 millions d’euros, en plus des 15 millions pour le loyer du Matmut Atlantique) et un remboursement prévu en 2025, l’accueil est très positif. La première anicroche intervient dans la foulée de la vente. Lopez a prévu une conférence de presse et une garden party au Haillan avec des partenaires, des supporters et des influenceurs sur les réseaux sociaux, mais pas de s’adresser à l’ensemble des salariés. Il faudra une demande expresse du CSE pour qu’il prenne la parole quelques minutes devant les employés, au pied du château.

 

2 Après l’urgence, un départ manqué

L’ancien bras droit de Luis Campos à Lille, le Portugais Admar Lopes, est nommé directeur technique pour remplir les fonctions de directeur sportif à la suite d’Alain Roche. Diego Lopez, directeur sportif en échec à Mouscron (club belge propriété de Gérard Lopez) vient superviser la cellule de recrutement, entièrement renouvelée et composée de sept scouts qui officiaient auparavant pour le Losc. Une short-list est établie pour le poste d’entraîneur, en remplacement de Jean-Louis Gasset : Lucien Favre, Joao Sacramento, David Guion et Vladimir Petkovic. Le premier décline rapidement, le deuxième n’a jamais été numéro un.

Le poste se joue entre l’ancien de Reims et le sélectionneur suisse, qui vient de sortir la France à l’Euro. C’est ce côté clinquant qui fera pencher la balance en sa faveur. Tant pis s’il ne connaît pas la Ligue 1 et parle très peu français. Lui est aussi convaincu par un contrat en or massif (trois ans à 280 000 euros net par mois). Il ne prend ses fonctions que le 27 juillet, une semaine avant l’ouverture de la saison.

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Le mercato est géré dans un calendrier très serré et avec des contraintes budgétaires importantes (masse salariale encadrée, obligation de vendre pour acheter). Lopes dépense tout de même 9 millions d’euros, dont la moitié pour Fransergio, milieu de 30 ans, déjà en perte de vitesse à Braga. Il ne parvient pas à signer l’attaquant égyptien Mostafa Mohamed en raison d’un imbroglio avec son ancien club et ne vend pas autant qu’il l’aurait souhaité (Kalu, Maja…).

Un effectif cosmopolite et sans repères, un entraîneur qui découvre tout dans l’urgence : le début de championnat est manqué (trois défaites, deux nuls). La suite est à l’avenant. Bordeaux, avec une confiance déjà en berne, un projet de jeu illisible et une défense qui prend l’eau de partout, ne gagne que deux de ses 17 premiers matchs. Il pointe à une médiocre 16e place à la trêve, à dix longueurs de la première moitié de tableau, l’objectif annoncé.

3 Avec le staff, ça ne prend pas

Après la défaite à Brest (1-2) à domicile fin novembre, Admar Lopes reproche aux joueurs - qu’il a recrutés pour la plupart - de ne pas être « au niveau » mais maintient sa confiance en Petkovic. Pourtant, pas grand-chose ne tourne rond entre le staff et l’effectif. Il n’y a pas de réelle fracture, plutôt une incompréhension générale. Le Bosnien ne crée aucun lien avec son groupe. Son adjoint, Antonio Manicone, prend beaucoup de place. Les autres coachs, Jaroslav Plasil et André Monteiro, ne sont quasiment jamais consultés.

Vladimir Petkovic avec Antonio Calado (préparateur physique) et Jaroslav Plasil (adjoint).

Le préparateur physique Antonio Calado, recruté par Lopes, surprend par ses méthodes. Les joueurs ne tiennent pas la route physiquement sur le terrain. En début de saison, à l’entraînement ou en match, il impose des bains de bouche avec du vinaigre de cornichons pour éviter les crampes (à la tête du club, on évoque simplement du jus de betterave). Certains sont au bord du vomi. D’autres, blessés, reviennent trop vite à la compétition et rechutent. Le prédécesseur de Calado, Éric Bédouet, arrivé aux Girondins en 1998, a quitté le club sans le moindre mot ni hommage.

Quant à l’entraîneur des gardiens, Vitor Pereira, venu de la réserve, un double problème de hanche et de genou l’empêche de pratiquer son métier normalement. Le contact ne passe absolument pas avec Benoît Costil, qui s’entendait très bien avec les deux prédécesseurs, Paulo Grilo et Fabrice Grange. Le portier bordelais en vient même à faire un extra avec Frédéric Roux à Bordeaux-Lac. Il faut attendre janvier pour que Pereira soit remplacé par Grégory Coupet.

4 Un « esprit famille » qui se meurt

Côté administratif, tout n’est pas rose non plus. Gérard Lopez n’est que rarement présent au Haillan, ce qui fait partie des principaux reproches à son encontre, mais s’étonne de ne croiser quasiment aucun salarié le samedi. Il avait prévenu : il est du genre exigeant. Trop ? Ses équipes mettent une grosse pression sur les employés et le nombre d’arrêts maladie dépasse le pic atteint à l’époque de King Street. Lui, en tout cas, ne s’adressera plus à l’ensemble du personnel avant… le 10 mars. Ce jour-là, il est demandé aux salariés de venir avec un quart d’heure d’avance, le patron arrivera avec une heure de retard.

James Stevens, jeune « conseiller stratégique » arrivé avec Lopez, épaule le directeur général Thomas Jacquemier. L’ancien journaliste Charles Biétry, ami intime du président et propriétaire, mène une sorte d’audit, assiste aux entraînements et aux matchs, mais pas grand monde au château ne comprend son rôle ni son influence réelle. Malade, il se fait rapidement de plus en plus discret, même s’il continue de venir au Matmut.

Gérard Lopez entouré de Pierre Hurmic (maire de Bordeaux), Admar Lopes (directeur technique), James Stevens (conseiller stratégique) et Charles Bietry (derrière lui).   Gérard Lopez entouré de Pierre Hurmic (maire de Bordeaux), Admar Lopes (directeur technique), James Stevens (conseiller stratégique) et Charles Bietry (derrière lui).

Guillaume Bonnaud

Une distance est progressivement imposée entre l’effectif professionnel et les salariés. Ceux-ci reçoivent notamment un mail leur interdisant de passer par le restaurant quand les joueurs y sont « afin de leur permettre de déjeuner dans le climat le plus propice possible à leur concentration pleine et entière sur leurs objectifs sportifs ». Parallèlement, des travaux sont engagés au centre d’entraînement pour construire entre autres une salle de restauration dédiée à l’équipe première. Les joueurs n’auront bientôt plus de raison de mettre les pieds dans le château.

Un épisode marque particulièrement en interne : Murielle Lagrave, dite « Mané », employée du restaurant du château, connue et adorée de tous les joueurs et salariés depuis 30 ans, finit par quitter son poste, découragée par la tournure des événements. Il lui avait notamment été interdit de faire des câlins ou la bise aux joueurs. L’esprit « famille », si cher aux habitués et anciens du Haillan, est progressivement dilué. Les services du club, eux, découvrent quasiment toutes les informations touchant au sportif par le biais de certains influenceurs sur Twitter, choyés par la direction.

La réaction de Gérard Lopez, transmise via Havas aux médias, après le match nul des Girondins face à Lorient qui condamne quasiment le club à la Ligue 2.

Le président et propriétaire du club n'était pas présent au Matmut Atlantique ce soir. pic.twitter.com/VpQFrGisb9

— Sud Ouest Girondins (@SO_Girondins) May 14, 2022

5 Le cluster, entre amateurisme et hypocrisie

Au moment des fêtes de fin d’année, un cluster de Covid fait son apparition aux Girondins. L’effectif est décimé pour le 16e de finale de Coupe de France à Brest, où l’équipe est principalement composée de jeunes de la réserve (élimination 3-0), puis les joueurs ne sont pas en condition optimale pour affronter Marseille le 7 janvier. L’invincibilité de plus de 44 ans chère aux supporters prend fin (0-1) dans un stade à huis clos pour cause de rebond épidémique.

Les dirigeants bordelais avaient pourtant déployé d’intenses efforts médiatiques pour obtenir le renvoi de ces deux rencontres, butant sur un règlement il est vrai trop rigide. C’était plutôt culotté de leur part. Car en ce mois de décembre 2021, les joueurs ont fait à peu près n’importe quoi. Avant le déplacement à Troyes, lors du mini stage à Clairefontaine, plusieurs d’entre eux se rendent à Paris pour une soirée qui finit très tard. Au retour à Bordeaux, un repas de Noël est organisé avec tout l’effectif dans un restaurant.

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Dans la foulée, deux premiers cas de Covid sont détectés dans le groupe pro. Cela n’empêche pas le club d’autoriser un joueur à organiser son anniversaire le 19 décembre, après la qualification face aux Jumeaux. De nombreux coéquipiers sont présents, tout comme des personnes extérieures au vestiaire, et l’extinction des feux promise à 22h30 est repoussée au-delà de 4 heures du matin, malgré l’annulation à la dernière minute du concert privé du rappeur MHD. C’est donc sans surprise que les cas positifs (21 au total sur la période) se multiplient dans les jours qui suivent.

Difficile de savoir qui blâmer en premier, entre des joueurs qui prennent des risques inconsidérés et un encadrement incapable de tenir ses troupes. Mais les Girondins se sont tiré une belle balle dans le pied, alors qu’il sortaient du meilleur match de la saison face à Lyon (2-2, le 5 décembre). Et ils en ont profité pour écarter le médecin du club, soupçonné tantôt d’avoir mal géré ce cluster, tantôt d’être responsable des multiples blessures et rechutes de joueurs, tantôt d’être une taupe.

6 La tentative de relance avortée

Le mercato de janvier est la fenêtre identifiée par Bordeaux pour retoucher l’effectif et entamer une remontée au classement. Il s’agit d’abord de faire un peu de vide, conformément aux obligations émanant de la DNCG. À la surprise générale, le capitaine Laurent Koscielny est écarté de l’équipe première. La direction lui reproche d’être le défenseur impliqué sur le plus grand nombre de buts encaissés et de ne pas assumer son rôle de leader dans le vestiaire. Certains de ses coéquipiers sont abasourdis.

En quelques minutes, il lui est indiqué qu’il ne portera plus le maillot bordelais. L’opération permet surtout de le « sortir » de la masse salariale (il touche environ 300 000 euros par mois)… mais il reste payé par le club pour un rôle d’ambassadeur à l’international qui ne trompe personne. Otavio, qui a refusé une offre de prolongation, est poussé vers la sortie à six mois de la fin de son contrat. Voilà plusieurs semaines qu’il répète à ses partenaires qu’il veut de toute façon partir. Il finit par rejoindre l’Atlético Mineiro au Brésil et son départ laissera un vide dans le vestiaire.

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Paul Baysse et Mehdi Zerkane, également écartés de l’équipe pro, sont invités à se trouver un point de chute. Le premier est averti qu’il ne jouera plus de la saison, malgré ses efforts pour revenir de sa grave blessure au genou. Le second sera même interdit d’accès au centre d’entraînement pendant deux jours, situation constatée par un huissier de justice. Josh Maja et Samuel Kalu s’en vont. Dans l’autre sens, quatre joueurs arrivent : Anel Ahmedhodzic, Josuha Guilavogui, Danylo Ignatenko et Marcelo. Plutôt séduisant sur le papier. L’interrogation porte sur le défenseur brésilien, écarté à l’OL depuis six mois. Il ne retrouvera jamais son niveau.

Des renforts bienvenus car entre-temps, les Girondins se sont fait pulvériser à Rennes (6-0). Admar Lopes s’entretient individuellement avec tous les membres du staff pour identifier les leviers à actionner. Les adjoints demandent à être davantage impliqués et considérés. La réaction face à Strasbourg (4-3) est suivie d’une nouvelle humiliation à Reims (5-0) fatale à Petkovic, remplacé par David Guion. Bordeaux change d’entraîneur mi-février, sans doute trop tard, en faisant venir celui qui avait peut-être le meilleur profil pour prendre le poste l’été dernier.

David Guion à l’entraînement juste après sa présentation, le 18 février dernier.  
 David Guion à l’entraînement juste après sa présentation, le 18 février dernier.

David Thierry/SUD OUEST

7 David Guion, l’espoir vite douché

David Guion, choisi au détriment de Jesse March mais aussi des tickets Ranieri - Sacramento et Bettoni - Courbis, vient sans adjoint. Il est présenté à la presse au Matmut Atlantique. À l’issue de l’entraînement ouvert au public, le nouveau coach a un entretien privé avec Florian Brunet, leader des Ultramarines. Un épisode qui illustre la grande proximité établie par la direction avec le groupe de supporters. L’ex-technicien, qui avait réussi trois belles saisons en Champagne, permet dans un premier temps de retrouver un peu de solidité défensive, mais Bordeaux prend une douche froide face à Troyes (0-2) début mars, un match qui marque une première rupture de résultats dans cette phase retour.

La seconde rupture est beaucoup plus violente. À la mi-temps du match face à Montpellier deux semaines plus tard, une altercation oppose Florian Brunet à Benoît Costil, que les Ultramarines accusent de « comportements racistes » au quotidien. Après la rencontre, perdue (0-2) malgré une double supériorité numérique, les supporters laissent éclater leur rage au pied du stade. Gérard Lopez envoie ses joueurs essuyer la colère de près. Pour faire le tampon entre eux et les Ultras : l’un des deux salariés qui avaient lancé les accusations envers Costil.

Les joueurs des Girondins sont venus à la rencontre des Ultramarines. C'est très tendu avec certains. Guilavogui en première ligne pour éviter que ça dégénère pic.twitter.com/wBA1g3R6k7

— Sud Ouest Girondins (@SO_Girondins) March 20, 2022

Après Montpellier, ni Lopez, ni Lopes, ne prennent la défense de Costil. Le CSE envoie un mail pour rappeler la direction à ses devoirs de protection des employés. Les joueurs, solidaires sans l’être vraiment, à l’image de leur passivité tout au long de la saison, finissent par rédiger un communiqué de soutien transmis à « Sud Ouest ». Ils sont d’abord associés, puis retirés, du texte mollasson envoyé à « Sud Ouest » et « L’Équipe » au nom du club par Havas, l’agence de communication qui travaille pour Gérard Lopez et les Girondins. Deux mois plus tard, aucune preuve de ces comportements présumés racistes n’a encore été publiquement apportée.

C’est à Lille, avec le premier clean sheet de la saison (0-0) suivi d’un succès sur Metz (3-1), que l’espoir renaît. Mais en toile de fond, l’incident impliquant Costil est omniprésent. Le portier a été écarté officiellement pour le préserver psychologiquement, puis pour des raisons sportives, mais personne n’est dupe au sein du club ou autour. Depuis le début de la saison, des choix de compositions d’équipe étonnent, y compris au sein du staff, où l’on parle parfois de « FC Lopez » et où l’on découvre souvent la composition en même temps que l’effectif. Au sein de la direction, on dément tout interventionnisme. Tout juste parle-t-on d’idées ou d’avis, jamais coercitifs. Comme Petkovic avant lui, Guion a l’air perdu et démuni.

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8 Des joueurs peu concernés par l’enjeu

Les roustes n’ont pas manqué dans une saison historique en termes de buts encaissés. Un point commun à ces multiples humiliations ? L’absence de réaction dans le vestiaire. C’est la plupart du temps un silence d’enterrement qui accompagne les fins de match et les retours en bus. Les Ultramarines viennent plusieurs fois à leur rencontre au Haillan pour les secouer et leur faire prendre conscience de l’enjeu, mais ce n’est jamais suivi d’actes sur le terrain.

Ce manque de caractère, pointé par le staff et la direction depuis des mois, est observé chaque week-end ou presque. Les coachs sont décontenancés par le peu d’intelligence tactique et de cohésion, par l’absence de révolte, de concentration et de respect des consignes. La défaite surréaliste à Nantes (5-3) fin avril, alors que la victoire tendait les bras aux Bordelais, illustre ces carences et est vécue comme un terrible coup de massue.

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« Le Club Med, c’est fini », avait annoncé Gérard Lopez en août. Ça ne s’est pas vu, même si les soirées pizzas ou les bières après les victoires (bien peu nombreuses finalement) ont été bannies. Au quotidien, les comportements douteux sont légion. Début février, un international africain rentre avec deux jours de retard de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), est injoignable pendant deux jours, dispute son premier entraînement le vendredi… et est titulaire le dimanche à Lens, où il n’est bien sûr pas performant. Un soir, les joueurs se font livrer 350 euros de McDonald’s à l’hôtel. Ils se font marcher dessus le lendemain au Groupama Stadium (6-1).

Les lundis soir, journée de repos censée être consacrée à la récupération, quelques-uns disputent aussi des matchs de futsal - et risquent donc des blessures - dans un complexe de l’agglomération, à la vue de tous. L’un d’entre eux, M’Baye Niang, finit par être écarté pour raisons disciplinaires avant la venue de Lorient suite à un accrochage avec son directeur technique. En fin de saison, certaines blessures sont considérées comme douteuses, pour ne pas dire diplomatiques.

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L’accumulation de prêts a son effet pervers. « De toute façon, la saison prochaine, je suis de retour dans mon club », lance un jeune arrivé l’été dernier, qui s’était déjà illustré par son envie de rentrer au bercail en janvier. Un autre est encore plus terre à terre : « Il faut qu’on évite les barrages, sinon ça me nique mes vacances. » Sans parler de cet autre joueur qui cumule des vols dans les vestiaires (chaussures et écouteurs bluetooth revendus sur Vinted) et une arrivée un matin de match en état d’ébriété. Ces faits avérés ne lui ont pas valu un licenciement, alors que l’enjeu sportif et financier était inexistant.

Colonie de vacances, avion sans pilote, paquebot sabordé : les comparaisons ne manquent pas. Avec les résultats désastreux, elles ont provoqué l’explosion de la colère des supporters samedi soir face à Lorient. Après le déclassement entamé après le titre de 2009, après la gestion calamiteuse de GACP et King Street, il a fallu une somme de mauvais choix stratégiques, de dysfonctionnements et un manque cruel d’autorité pour achever de gangrener le club jusqu’à précipiter sa chute. Sans que personne ne sache s’il s’en relèvera un jour.

Quand tu lis ça, c’est juste hallucinant. On est loin du club que j’ai adoré. Je ne me reconnais plus dans ces valeurs….( si on peut appeler ça des valeurs)

ne pas descendre était impossible. C’est un torpillage en règle.

tout le monde dehors, on garde Plasil (avec Furlan, ça ferait un super staff), Mara, les jeunes et basta.

On passe devant la Dncg le 14 Juin. Tu as le sentiment que rien ne sera officialisé jusqu'à cette date. La L2 reprend le 30 juillet soit un mois et demi aprés le passage Dncg. Dans tous les cas, comme la saison prochaine nous allons prendre un retard considérable dans la préparation et le mercato. 

Surtout que le 14 juin c'est juste le premier passage.

La date du 2ème et dernier passage n'est pas encore fixé visiblement. Mais imaginons par exemple que ce soit 15 jours plus tard, ça nous ramène au 28 juin....

La situation financière des Girondins est inquiétante au moment de préparer le passage devant la DNCG pour évoluer en Ligue 2 la saison prochaine. Voici de quoi y voir plus clair

Le sujet peut rebuter, intriguer, laisser indifférent ou même passionner, et il tient une place centrale dans l’intersaison des Girondins. Le financier régit tout, décide tout. Ce n’est pas propre à Bordeaux, ni à cette année, mais la situation du club est tellement précaire qu’il tient une place plus importante ici qu’ailleurs.

Selon Gérard Lopez, les Girondins termineront l’exercice avec un déficit d’exploitation de 40 millions d’euros, hors ventes de joueurs. Soit dix millions d’euros de plus que ce qu’il avait annoncé début avril en Conseil d’administration. Cela aurait pu être bien pire sans une large exonération des charges patronales prévue par l’État en raison du Covid (comme pour tous les clubs pros) et qui représente plusieurs millions d’euros.

Chèque de 40 millions

La dette, quant à elle, s’élève à 50 millions d’euros, dus à deux fonds d’investissement (38 à Fortress, 12 à King Street) en plus des 14,4 millions d’euros dus à la Métropole pour l’étalement du loyer du Matmut Atlantique. Dans les deux cas, l’échéance est fixée à 2025, c’est donc une donnée secondaire à court terme. Les 10 à 15 millions d’euros réclamés par l’ex-entraîneur Vladimir Petkovic, écarté en février, peuvent en revanche compter.

Pour obtenir le feu vert de la DNCG, il faut à la fois avoir financé l’exercice achevé et présenter les garanties de trésorerie pour couvrir celui à venir. Lors de l’audition fixée au 14 juin, le président et propriétaire Gérard Lopez doit donc venir « avec un chèque d’au moins 40 millions d’euros », selon un habitué de la LFP, afin de remettre les capitaux propres à zéro et satisfaire à la première exigence.

Pas de dettes en plus

D’où peut venir cette somme ? En premier lieu de Gérard Lopez lui-même, en tant qu’actionnaire majoritaire. Mais ce n’est guère dans ses habitudes. Il n’a mis « que » dix millions sur la table pour racheter les Girondins l’an dernier et il a déjà expliqué qu’il excluait d’investir de sa fortune personnelle au point de se mettre en danger. Reste que Fortress et King Street lui ont récemment demandé, comme nous le révélions, de trouver 20 millions d’euros.

Le reste sera financé par l’argent venu de CVC (8,25 millions d’euros attendus au 30 juin), du parachute prévu par la LFP pour les clubs relégués (7 millions) et des ventes de joueurs. Tout cela sera ventilé entre l’exercice écoulé et celui à venir. Bordeaux ne pourra pas compter sur de la dette supplémentaire, car les actifs en garantie (les joueurs) sont trop faibles et les deux créanciers actuels n’autoriseront jamais l’arrivée d’un troisième avec la même priorité de remboursement qu’eux. Quant aux futures recettes liées aux ventes de Tchouaméni et Koundé (20 % sur la plus-value), elles seront directement reversées à King Street et Fortress.

L’idée est donc de trouver un partenaire capable de mobiliser plusieurs millions d’euros. Il ne sera toutefois pas aisé de convaincre un individu ou une entreprise de signer un aussi gros chèque en Ligue 2, sachant que Winamax payait 1,3 million par an pour être le principal sponsor maillot en L1. Il faudrait que ce partenaire rentre au capital du club pour que son apport gonfle, mais les délais sont particulièrement courts et le club génère très peu de cash, ce qui limite son attractivité.

Un calendrier très serré

La deuxième nécessité, devant la DNCG, est de présenter un budget prévisionnel pour la saison suivante et de prouver que la trésorerie sera suffisante. En Ligue 1, Bordeaux projetait entre 20 et 30 millions de déficit. Et en Ligue 2 ? Pour l’heure, l’information n’a pas fuité. Les recettes (droits TV, partenariats, billetterie…) vont forcément diminuer, mais les charges aussi, notamment la masse salariale avec les départs de nombreux joueurs.

À l’issue de l’audience du 14 juin, si la DNCG n’a pas les garanties financières suffisantes sous les yeux, elle peut rétrograder administrativement les Girondins en National. Le club aura alors six jours pour faire appel. Il faudra compter entre dix et quinze jours avant une deuxième audition, devant la DNCG fédérale cette fois, où il devra être en règle. Cela emmènerait Bordeaux fin juin ou début juillet, bien après la reprise de l’entraînement, alors que la saison de L2 démarre le dernier week-end du mois. Sa préparation s’en retrouverait immanquablement impactée, pour la troisième année de suite.

Ligne de crête

L’autre voie, plus radicale, consisterait pour King Street et Fortress à utiliser leur action de préférence pour effectuer une vente forcée des actions de Gérard Lopez et le remplacer par un nouveau propriétaire. Fortress a sondé de potentiels repreneurs durant la saison, sans retour au vu de l’état financier du club et du prix demandé pour la reprise des dettes. Les deux fonds ont donc décidé de poursuivre en l’état.

Si Lopez ne parvient pas à faire face et que les créanciers ne remettent pas au pot, le club se dirigera inévitablement vers un dépôt de bilan devant le Tribunal de Commerce et une mise en redressement judiciaire. La suite s’écrirait en National en cas de reprise ou au niveau amateur en cas de liquidation. Ce n’est pas la tendance. Mais cela illustre la ligne de crête sur laquelle Bordeaux s’avance, vers une fin de printemps brûlante.

https://www.lessentiel.lu/fr/story/gerard-lopez-inculpe-de-faux-et-usage-de-faux-905088547320

Pour en rajouter : Le Royal Excel Mouscron dont Lopez est propriétaire s'est déclaré en faillite le 31 mai.

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